L'Analphabète: Récit autobiographique

L'Analphabète: Récit autobiographique

Agota Kristof

Language: French

Pages: 39

ISBN: 2:00248921

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub

L'Analphabète: Récit autobiographique

Agota Kristof

Language: French

Pages: 39

ISBN: 2:00248921

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


L'Analphabète est l'unique texte autobiographique d'Agota Kristof. L'auteur y retrace son étrange parcours : l'amour des mots, la rupture du « fil d'argent de l'enfance », elle parle de l'adolescente qui écrit des poèmes et finalement décrit l'exil qui n'est pas seulement exil hors d'un pays mais surtout hors d'une langue. C'est avec horreur que la narratrice se constate « analphabète » devant la nouvelle langue qu'est pour elle le français. Dans ce texte dense et précis, elle retrace aussi ses premières années de vie en Suisse, le travail d'usine, la passion de l'écriture : « Ce dont je suis sûre, c'est que j'aurais écrit, n'importe où, dans n'importe quelle langue ». Ce sera le français.

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gare, ni l’électricité, ni l’eau courante, ni le téléphone. Mon père est le seul instituteur du village. Il enseigne à tous les degrés, du premier au sixième. Dans la même salle. L’école n’est séparée de notre maison que par la cour de récréation, et ses fenêtres donnent sur le jardin potager de ma mère. Quand je grimpe à la dernière fenêtre de la grande salle, je vois toute la classe, avec mon père devant, debout, écrivant au tableau noir. La salle de mon père sent la craie, l’encre, le

trois amies nous apprenons très vite, parfois même nous en improvisons d’autres. Ma spécialité, c’est l’imitation de professeurs. Le matin, nous avertissons quelques classes, le lendemain quelques autres. Le prix d’entrée est l’équivalent du prix d’un croissant que la concierge vend pendant les récréations. Le spectacle marche bien, nous remportons un énorme succès, les spectateurs se bousculent jusqu’au corridor. Il y a même des professeurs qui viennent nous voir, ce qui m’oblige parfois à

nous y mènera gratuitement. Dans le tram, des dames bien habillées prennent mon bébé sur leurs genoux, elles glissent de l’argent dans ma poche. Le centre est un grand bâtiment qui devait être une usine ou bien une caserne. Dans d’immenses salles, des paillasses sont posées directement sur le sol. Il y a des douches communes et une vaste salle à manger. À l’entrée de cette salle se trouve un tableau noir sur lequel sont épinglés des avis de recherche. Les gens cherchent des parents, des amis

tout cela, j’annonce à ma fille aînée : — J’ai fini mon roman. Elle me dit : — Ah oui ? Et tu crois que quelqu’un va l’éditer ? Je dis : — Oui, certainement. Effectivement, je n’en doute pas un seul instant. J’ai la conviction, la certitude que mon roman est un bon roman, et qu’il sera publié sans problème. Ainsi, je suis plus surprise que déçue quand, après quatre ou cinq semaines, mon manuscrit est de retour de chez Gallimard et ensuite de chez Grasset, accompagné d’une lettre de refus

hongrois. Une fois, elle s’est mise à pleurer parce que je ne comprends pas, une autre fois, parce qu’elle ne me comprend pas. Cinq ans après être arrivée en Suisse, je parle le français, mais je ne le lis pas. Je suis redevenue une analphabète. Moi, qui savais lire à l’âge de quatre ans. Je connais les mots. Quand je les lis, je ne les reconnais pas. Les lettres ne correspondent à rien. Le hongrois est une langue phonétique, le français, c’est tout le contraire. Je ne sais pas comment j’ai

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